Tout citoyen normal, pour ne pas dire ordinaire, attribue spontanément ce qui l'accable à l'incurie ou à la négligence des politiques et des industriels. Pour légitime qu'il soit, ce réflexe ne peut dissimuler la responsabilité du particulier, qui ne compte pas pour rien. Scandalisé par des marées noires à dimension quasi océanique, par la coupe à blanc des forêts tropicales ou par la disparition d'animaux exotiques, il n'aura peut-être rien de plus pressé, s'il a pu acquérir une maison à la campagne, que de combler la mare ou d'y jeter du pétrole pour se débarrasser des moustiques, de tuer des serpents pour plus de sûreté, d'y abattre les arbres, coupables de perdre leurs feuilles et de faire de l'ombre, et de traiter au désherbant et à l'insecticide toute vie rebelle au cordeau. Après quoi, amoureux qu'il est de la nature, il ira s'aventurer en véhicule tout terrain sur les milieux fragiles, inconscient, le plus souvent, des perturbations que ce comportement, multiplié par millions, cause à notre environnement. (...)
Il n'y a de libération que par rapport à une harmonie d'ordre cosmique qui est le lieu et la condition de nore existence et de notre liberté. Etres de nature chassés de la nature de la société, nous voici essentiellement aliénés, manipulables, formés à obéir au maître qui viendrait se placer au sommet du système. Plus nous nous "libérons" du milieu naturel, qu'on tâche de réduire à néant, plus nous nous soumettons à des règles subjectives. Comme le loup et le chien de la fable, le plus indépendant de la nature est celui qui porte au cou la plus profonde marque du collier.
A mesure que nous fuyons les terres brûlées, les rabatteurs nous poussent vers les enclos qu'ils nous ont préparés et où il faudra vivre parqués, sous la loi des directeurs du camp. Et nul ne s'évade d'un camp situé en plien désert. La révolte même privée de perspectives, ne serait jamais que l'expression du désespoir si la nature n'était d'abord reconquise, non pour être possédée, mais pour être délivrée de ses ennemis, rendue au libre jeu des forces qui lui assurent la pérennité et qui sauvent la nôtre. La défense de la nature, comme celle de la pensée, reste l'ultime moyen de garantir notre liberté potentielle contre la menace de plus en plus précise d'une dictature technologique, économique, bureaucratique et génétique. La plus grande résistance aux travailleurs de la mort ne vient pas, cette fois, des forces de l'intelligence, mais de celle que leur oppose la vie même, et tandis que la raison délibère, le réel s'obstine. Un escargot ou un bleuet en atteste encore mieux qu'un traîté.
(Les ennemis de la Terre - Armand Farrachi)
1 132 281 00 animaux de boucherie ont été abattus en France en l'an 2000
407 000 tonnes de poissons sont pêchés par an
2 940 611 animaux sont utilisés cahque année dans les laboratoires français
40 000 000 d'animaux sont tués à la chasse chaque année
(Chiffres - Nouvel Observateur - Hors série "Indignation" Octobre 2001)
Cliquez ici si le menu de gauche n'apparaît pas
-
|