Le Théologie Chrétienne
 

Le christianisme est "la religion la plus anthropocentrique que le monde ait connue", son attitude envers la nature est proprement "arrogante"
(Lynn White in Et si l'aventure humaine devait échouer, Théodore Monod)

- L'anthropocentrisme chrétien

- L'Ancien Testament : du Jardin d'Eden aux sacrifices

- Le Nouveau Testament : l'Agneau de Dieu


L'anthropocentrisme chrétien

La théologie chrétienne (dans l'héritage de l'anthropocentrisme de l'image biblique du monde et de l'homme) a reprit la doctrine platonicienne de l'immortalité de l'âme dans sa lutte contre la gnose et pour se démarquer de la doctrine pythagoricienne; mais elle reprit Platon de telle sorte que seul l'homme fut dit immortel alors que les animaux "non raisonnables" ne furent plus considérés que comme des êtres éphèmères. (...) La doctrine chrétienne a ainsi fondé l'estime absolue qu'elle a de l'homme sur une mésestime relative de toutes les autres créatures; elle a rompu de cette façon, idéologiquement, le lien commun de la vie qui relie entre eux les hommes et les animaux. Comme toute doctrine qui est trop étroite pour rendre justice à la réalité, elle se fit cruelle dans sa mise en application dans la vie réelle. (...)

Selon cette image chrétienne du monde, il est absurde d'ériger pour des raisons religieuses, à l'exemple des hindous et des bouddhistes, une interdiction absolue de tuer les animaux et d'appeler à renoncer à toute espèce de viande et à pratiquer un végétarisme motivé par des raisons religieuses. Non ! D'après la représentation courante du christianisme jusqu'à présent, toute la création doit servir l'homme auquel le Seigneur Dieu lui-même a donné les animaux en nourriture; et même si l'on en croit la dogmatique chrétienne, la destination théologique des saumons, des perdrix et des lièvres, c'est d'être mangés par l'homme. Face à la dignité infinie de l'être humain, il n'y a aucune souffrance qu'il serait interdit de causer aux animaux, dès l'instant qu'elle est judicieuse et "nécessaire" pour certaines finalités humaines. (...)

Toute théologie chrétienne, aujourd'hui encore, semble nécessairement reposer sur ce présupposé: nous précisément, les représentants de l'espèce homo sapiens sapiens, représentons le sommet 'indépassable' de toutes les possibilités de développement de l'évolution. Et pour quelle raison ? Parce que le Christ est apparu seulement dans la figure de cette espèce. Les mêmes théologiens, qui retirent de la résurrection du Christ les plus grandioses visions sur le destin d'une humanité à venir, ne semblent pas remarquer que dans tous leurs fantasmes, qu'ils nomment 'promesses' et qu'ils confondent avec la foi, qu'ils ne font que fixer par écrit de façon purement statique l'image actuelle de l'évolution. Que serons-nous dans deux millions d'années, si nous devions entre-temps nous donner nous même le coup de grâce ? Au rythme actuel du développement historique c'est une question à laquelle on ne peut pas répondre, mais une question absolument nécessaire ! Une seule chose est sûre : en l'état actuel de l'évolution, nous sommes bien plus près des animaux que du pressentiment de l'humain que nous portons déjà en nous. "Le chaînon humain entre le singe et l'être humain c'est nous-même" disait déjà Konrad Lorenz avec raison.
(De l'immortalité des animaux - Eugen Drewermann)


L'Ancien Testament : Du Jardin d'Eden aux sacrifices

Les animaux sont crées pour pallier la solitude d'Adam et ne peuvent être considérés manqués bien qu'ils n'aient pas suffi. Leur nomination par Adam ne signifie pas l'appropriation de la nature (il ne fait pas ainsi pour les choses) mais l'instauration d'une relation privilégiée qui implique toutefois un acte de souveraineté et une hiérarchie. Dieu revêt l'homme d'une dignité royale et les animaux deviennent ses sujets, non des choses. L'aide qu'ils lui apportent n'est pas matérielle (il est végétarien et ne travaille pas) mais existentielle.
(Et l'homme créa l'animal, Eric Baratay)

L'homme a péché et, en se séparant de Dieu, il s'est aussi séparé des créatures. Le péché a introduit dans l'univers le désordre et la division, qui se traduisent entre autres par la violence qui régit désormais les rapports des êtres vivants entre eux. Dieu tient compte de ce nouvel état du monde; dans Sa sagesse, Il adapte Sa loi aux nouvelles conditions d'existence des êtres vivants. Quand Noé et ses enfants sortent de l'arche après le Déluge, Dieu leur dit : "Tout ce qui se meut et possède la vie vous servira de nourriture; Je vous donne tout cela comme Je vous avais donné l'herbe verte. Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c'est à dire le sang" (Gen.9, 3-4).
L'homme a donc depuis lors le droit moral de se nourrir de la chair des animaux. Mais il n'en reste pas moins que l'alimentation carnée n'est pas une chose bonne en soi, agréable à Dieu. Elle n'est qu'une tolérance rendue nécessaire par le péché. On l'oublie trop souvent...
(Les Animaux, nos humbles frères - Jean Gaillard)

Dieu dit encore : "Que les eaux grouillent d'une foule d'être vivants, et que les oiseaux s'envolent dans le ciel au-dessus de la terre !" Dieu créa les grands monstres marins et toutes les espèces d'animaux qui se faufilent et grouillent dans l'eau, de même que toutes les espèces d'oiseaux. Et il constata que c'était une bonne chose. Dieu les bénit en disant : "Que tout ce qui vit dans l'eau se multiplie et peuple les mers; que les oiseaux se multiplient sur le terre!" Le soir vint, puis le matin; ce fut la cinquième journée.
Dieu dit encore : "Que la terre produise toutes les espèces de bêtes : animaux domestiques, petites bêtes et animaux sauvages de chaque espèce !" Et cela se réalisa. Dieu fit ainsi les diverses espèces d'animaux sauvages, d'animaux domestiques et de petites bêtes. Et il constata que c'était une bonne chose. Dieu dit enfin : "Faisons les êtres humains: qu'ils nous ressemblent vraiment ! Qu'ils soient les maîtres des poissons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et sur la terre, des gros animaux et des petites bêtes qui se meuvent au ras du sol!"
Dieu créa les êtres humains à sa propre ressemblance; il créa homme et femme.
Puis il les bénit en leur disant : "Ayez des enfants, devenez nombreux, peuplez toute la terre et dominez-la; soyez les maîtres des poissons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre" Et il ajouta.: "Sur toute la surface de la terre je vous donne les plantes produisant des graines et les arbres qui portent des fruits avec pépins ou noyaux. Leurs graines ou leurs fruits vous serviront de nourriture. De même je donne l'herbe verte comme nourriture à tous les animaux terrestres, à tous les oiseaux, à toutes les bêtes qui se meuvent au ras du sol, bref, à tout ce qui vit" Et cela se réalisa. Dieu constata que tout ce qu'il avait fait était vraiment une très bonne chose. (Genèse I, 20-31)

Le Seigneur dit ensuite à la femme :
- Je rendrai tes grossesses pénibles, tu souffriras pour mettre au monde tes enfants. Tu te sentiras attiré par ton mari, mais il dominera sur toi.
Il dit enfin à l'homme :
- Tu as écouté la suggestion de ta femme et tu as mangé le fruit que je t'avais défendu.
Et bien par ta faute, le sol est maintenant maudit. Tu auras beaucoup de peine à en tirer ta nourriture pendant toute ta vie; il produira pour toi épines et chardons. Tu devras pousser ce qui pousse dans les champs, tu gagneras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes à la terre dont tu as été tiré. Car tu es fait de poussière et tu retourneras à la poussière. (Genèse III, 16-19)

Mais aux yeux de Dieu, l'humanité était pourrie : partout ce n'était que violence. Quand il regardait la terre, il constatait que tout le monde s'y était dévoyé. Il dit alors à Noé : "J'ai décidé d'en finir avec les hommes. Par leur faute le monde est en effet rempli de violence, je vais les supprimer de la terre (...)
Tout ce qui se trouve sur la terre devra périr. Mais je prends l'engagement de t'épargner. Tu vas entrer dans l'arche, avec ta femme, tes fils et tes belles-filles. Tu devras y faire entrer aussi un couple de chaque espèce vivante, un mâle et une femelle, pour les conserver en vie avec toi. Un couple de chaque espèce animale, oiseaux, grands ou petits animaux, arrivera auprès de toi pour avoir la vie sauve. Procure-toi donc toutes sortes de vivres, fais-en des provisions, pour que vous ayez de quoi manger, eux et toi."
C'est ce que fit Noé; il exécuta tout ce que le Seigneur lui avait ordonné. (Genèse VI, 11-22)

Alors Dieu dit à Noé: "Sors de l'arche, ainsi que ta femme, tes fils et tes belles-filles. Fais sortir aussi toutes les bêtes qui sont avec toi, toutes les espèces d'oiseaux, de grands et de petits animaux; qu'ils se répandent sur la terre et qu'ils s'y multiplient." Noé sortit donc de l'arche, avec sa femme, ses fils et ses belles-filles. Puis sortirent aussi, par familles, tous les animaux, avec les oiseaux et les petites bêtes qui se meuvent au ras du sol.
Noé batit un autel qu'il consacra au Seigneur. Parmi les grands animaux et les oiseaux il prit une bête de chaque espèce considérée comme pure et les offrit au Seigneur sur l'autel en sacrifice entièrement consumé par le feu. Le Seigneur respira l'odeur apaisante de ce sacrifice et il se dit: "Désormais je renonce à maudire le sol à cause de l'homme. C'est vrai, dès sa jeunesse l'homme n'a au coeur que de mauvais penchants. Mais je renonce désormais à détruire tout ce qui vit comme je viens de le faire. (Genèse VIII, 15-21)

Dieu bénit Noé et ses fils en leur disant : "Multipliez-vous et peuplez toute la terre. Vous inspirerez désormais la plus grande crainte à toutes les bêtes de la terre, aux oiseaux, aux petits animaux et aux poissons, vous pourrez disposer d'eux.Tout ce qui remue et qui vit pourra vous servir de nourriture comme je vous avais donné l'herbe verte, je vous donne maintenant tout cela. Cependant vous ne devez pas manger la viande qui contient encore la vie, c'est à dire le sang. (Genèse IX, 1-4)

Par sa prévarication, l'homme perdit sa sainteté et la justice en lesquelles il avait été constitué, il encourut la mort et la domination "de celui qui dès lors a possédé l'empire de la mort, c'est à dire le diable" (Heb. 2, 14). Dieu ayant lié le sort de la création à celui de l'homme, elle perdit son équilibre primitif. Les bêtes se retirent de l'homme, ne voyant en lui qu'un ennemi au lieu d'un protecteur, et s'entre-dévorent; le sang commence à couler. Elles sont contaminées par la faute de l'homme, comme l'est sa propre descendance, sans avoir jamais péché.
(Mémoire de Soeur Odette, Carmélite in Les animaux, nos humbles frères, Jean Gaillard)

"Soyez féconds, multipliez et remplissez la terre. Vous serez un sujet de crainte et d'effroi pour tout animal de la terre, pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et pour tous les poissons de la mer : ils sont livrés entre vos mains. " c'est ce que vous pouvez lire au chapitre 9 de la Genèse. Comment voulez-vous que l'aventure humaine se passe bien sous de pareils auspices ? Les trois monothéismes ont déclaré que l'homme était le roi de la Création. Mais l'homme n'est en réalité le roi d'aucun royaume. il est prisonnier de ses instincts. Il est souvent assez consternant de constater que certains textes dans le Bible servent à cautionner ou légitimer des comportements parfaitement barbares. voyez la citation suivante dans le livre de mon père...
"Or l'Ancien Testament n'est pas seulement sillonné par le sang des animaux immolés sur l'autel, mais par le sang des bêtes livrées aux coutels des bouchers, car la loi religieuse des Israélites, formellement consignée dans la Bible, interdisait de manger la chair d'un animal qui n'aurait pas été saigné à blanc. Le sang, d'après les croyances hébraïques, renfermait l'âme; le respect du principe vital exigeait donc le supplice prolongé des bêtes réservées à l'alimentation." (Révérence à la vie, Théodore Monod)

"Chaque jour, on offrira sur l'autel deux agneaux d'un an, à perpétuité. Le premier sera offert le matin, le second le soir. Avec l'agneau du matin comme avec celui du soir, on apportera trois kilos de farine pétrie avec un litre et demi d'huile fine, et une offrande d'un litre et demi de vin. Ce seront des sacrifices dont moi, le Seigneur, j'apprécierai la fumée odorante. Dans l'avenir, on ne cessera jamais de m'offrir des sacrifices complets à l'entrée de la tente de la rencontre; c'est là en effet que je vous donnerai rendez-vous et que je te parlerai. (Exode XXIX, 38-42)

A t-on, d'autre part suffisamment remarqué que Dieu 'agrée' le sacrifice sanglant du berger mais point celui du cultivateur ? Romain Rolland s'en indigne et mon père écrivait en 1934 (Vol 1, p 626) : "Est ce que la Bible est foncièrement pitoyable aux animaux ? Les rudes falaises de l'Ancien Testament sont éclaboussées par un rouge Niagara : le culte mosaïque était un perpétuel égorgement de bêtes sacrifiées".
On peut s'étonner du silence des Ecritures, mais après tout, voit-on la Bible condamner la guerre ou l'esclavage ?
C'est qu'elle reste à bien des égards liée à son contexte historique et culturel. Aussi la naissance de Jésus entraîna-t-elle l'égorgement de deux tourterelles et son dernier repas exigera-t-il celui d'un agneau. Personne n' y trouvait alors à redire, ce sont les moeurs de l'époque et qui irait s'en scandaliser quand le culte officiel, au temple, faisait couler chaque jour des ruisseaux de sang ?
(Et si l'aventure humaine devait échouer ?, Théodore Monod)

Le Seigneur dit à Moïse et à Aaron de communiquer aux Israélites les instructions suivantes :
"Parmi les animaux terrestres, vous pouvez manger ceux qui ont des sabots fendus et qui ruminent. Mais vous ne devez pas manger ceux qui ont seulement des sabots fendus ou qui ruminent seulement; ainsi vous considererez comme impurs les animaux suivants :
- Le chameau, car il rumine, mais n'a pas de sabots.
- Le daman, car il rumine, mais n'a pas de sabots.
- Le lièvre, car il rumine, mais n'a pas de sabots.
- Le porc, car il a des sabots fendus, mais il ne rumine pas.
Ne consommez pas la viande de ces animaux-là et ne touchez même pas leurs cadavres; considérez-les comme impurs.

"Parmi les animaux vivants dans l'eau, dans les lacs, les mers ou les rivières, vous pouvez manger ceux qui ont des nageoires ou des écailles. Mais vous vous abstiendrez de manger ceux qui n'ont ni nageoires, ni écailles, que ce soient des bestioles qui grouillent dans l'eau ou d'autres animaux aquatiques; ayez-les en horreur : n'en consommez pas la chair et évitez tout contact avec leur cadavres. Abstenez-vous donc de manger tout animal aquatique dépourvu de nageoires et d'écailles.

"Parmi les oiseaux, voici ceux que vous devez avoir en horreur et que vous ne devez pas manger : les aigles, les gypaètes, les aigles marins, les milans, les diverses espèces de vautours et de corbeaux, les autruches, les chouettes, les mouettes, les diverses espèces d'éperviers, les hiboux, les cormorans, les hulottes, les effraies, les corneilles, les charognards, les cigognes, les diverses espèces de hérons, les huppes et les chauves-souris.

"Ayez en horreur les insectes pourvus d'ailes et de pattes. Toutefois vous pouvez manger ceux qui ont des pattes leur permettant de sauter sur le sol, à savoir les divers espèces de sauterelles et de criquets. Tous les autres insectes pourvus d'ailes et de pattes, ayez-les en horreur. (Lévitique XI, 1-23)

Le Seigneur dit à Moïse de communiquer les prescriptions suivantes à Aaron, à ses fils et à tous les Israélites :
"Supposons que quelqu'un parmi vous, un Israélite ou un étragner vivant en Israël, veuille m'offrir un sacrifice complet, de manière spontanée ou pour accomplir un voeu : s'il désire obtenir ma faveur, il doit amener un mâle sans défaut, taureau, bélier ou bouc. Il n'est pas permis d'amener un animal présentant un défaut, je ne l'accepterai pas de votre part. S'il s'agit d'un sacrifice de communion qui m'est offert de manière spontanée ou pour accomplir un voeu, j'accepterai un boeuf, un mouton ou une chèvre, pourvu que l'animal ne présente aucun défaut. N'amenez donc aucun animal aveugle, estropié, mutilé, atteint de verrues ou d'une maladie de la peau pour l'offrir en sacrifice consumé sur mon autel. Si une bête, boeuf, mouton ou chèvre, est difforme ou mal développée, on peut l'offrir comme sacrifice spontané, mais elle ne convient pas pour accomplir un voeu. Ne m'amenez jamais un animal dont les testicules ont été écrasés, broyés, arrachés ou coupés. Ne procédéz pas à de telles mutilations quand vous serez dans votre pays et n'acceptez pas des animaux ainsi mutilés de la part d'un étranger, pour les offrir en sacrifice, à moi votre Dieu. la mutilsation qu'ils ont subie est l'équivalent d'un défaut, de sorte que je ne les accepterai pas de votre part."
Le Seigneur dit encore à Moïse :
"Après sa naissance, un veau, un agneau ou un chevreau doit être laissé auprès de sa mère pendant une semaine. A partir du huitième jour, j'accepte qu'on me le présente en sacrifice consumé. Mais n'égorgez pas une vache, une brebis ou une chèvre le même jour que son petit."
"Quand vous m'offrez un sacrifice accompagnant un chant de louange, faites-le selon la règle, de manière, à obtenir ma faveur : mangez-en la viande le jour même sans rien en laisser pour le lendemain. Je suis le Seigneur." (Lévitique XXII, 17-30)

Le Lévitique a été nommé un manuel de boucher. Au sens premier, c'est exactement ce qu'il est. La manière de tuer, dépecer, extraire la graisse, répandre le sang sur l'autel, brûler les organes, y est décrite avec minutie. Tel péché sera réparé par tel sacrifice. C'est aussi précis qu'une ordonnance médicale ... La loi religieuse prescrit aussi la mise à mort des devins, nécromanciens, de l'homme qui maudit ses parents ou commet l'adultère, de la femme qui s'accouple avec un animal. Si une jeune fille se marie sans être vierge "ses concitoyens la lapideront jusqu'à ce que mort s'ensuive". On tue par zèle. Tout cela nous paraît monstrueux. Le blasphémateur est sacrifié après qu'on lui ait posé la main sur la tête comme pour l'immolation des bêtes. Le sang humain et animal se mêle dans cette apparente pagaille où s'organise la marche en avant d'un peuple primitif vers son Dieu invisible, mystérieux et exigeant.
(L'animal, l'homme et Dieu, Michel Damien)

Tout premier-né mâle de vos vaches, brebis ou chèvres doit être consacré au Seigneur votre Dieu, vous ne ferez donc pas travailler un taureau premier-né, et vous ne tondrez pas un mouton premier-né. Chaque année, vous les mangerez en famille, au sanctuaire du Seigneur votre Dieu, dans le lieu qu'il aura choisi. Si l'un d'eux a un défaut, s'il est boiteux ou aveugle, ou s'il a n'importe quel autre défaut grave, vous ne l'offrirez pas en sacrifice au Seigneur votre Dieu. Vous le mangerez chez vous ; et chacun qu'il soit ou non en état de pureté, pourra participer à ce repas, comme lorsqu'on mange de la gazelle ou du cerf. Toutefois, vous ne ne consommerez pas le sang de l'animal, vous le verserez sur le sol, comme de l'eau. (Deutéronome XV, 19-23)

"Je n'ai rien à faire de vos nombreux sacrifices, déclare le Seigneur. J'en ai assez des béliers consumés par le feu et de la graisse des veaux. Je n'éprouve aucun plaisir au sang des taureaux, des agneaux et des boucs.
Vous venez vous présenter devant moi, mais vous ai-je demandé de piétiner les cours de mon temple ? Cessez de m'apporter des offrandes, c'est inutile; cessez de m'offrir la fumée des sacrifices, j'en ai horreur ; cessez vos célébrations de nouvelles lunes, de sabbats ou de fêtes solennelles, je n'admets pas un culte mêlé au crime.
Je déteste vos fêtes de nouvelle lune, vos cérémonies sont un fardeau pour moi, je suis fatigué de les supporter. Quand vous étendez les mains pour prier, je me bouche les yeux pour ne pas voir. Vous avez beau faire prière sur prière, je refuse d'écouter, car vos mains sont couvertes de sang. Nettoyez-vous, purifiez-vous, écartez de ma vue vos mauvaises actions, cessez de faire le mal. (Esaïe I, 11-16)

Vous toutes, bêtes des champs, et vous, animaux des forêts, venez au festin !
Les gardiens d'Israël sont tous des aveugles, ils ne remarquent rien. Ce sont des chiens muets, incapables d'aboyer, ils aiment à sommeiller. Ce sont aussi des chiens voraces, qui n'ont jamais assez. et dire qu'ils sont les bergers ! Ils n'ont aucun discernement, ils ne suivent que leurs désirs; chacun d'eux ne poursuit que son propre intérêt. (Esaïe 56, 10-11)

Je suis optimiste mais à une échelle différente. Je ne vois pas l'humanité prendre la défense demain des espèces vivantes. Les prophéties de la Bible concernent pour moi les temps messianiques. "Le loup habitera avec l'agneau, nous dit Isaïe (11, 6), la panthère se couchera avec le chevreau; le veau, le lionceau et le bétail qu'on engraisse, seront en semble, et un petit enfant les conduira. La vache et l'ours auront un même pâturage, leurs petits un même gîte; et le lion comme le boeuf, mangera de la paille" Avouez que ce n'est pas pour demain !
(Révérence à la vie, Théodore Monod)

- Ezékiel, écoute ce que je t'ordonne, moi, le Seigneur Dieu : Voici les règles à suivre lorsque l'autel sera construit pour qu'on y fasse brûler des sacrifices et qu'on y répande le sang des victimes. Tu remettras un taureau aux prêtres-lévites, descendants de Sadoc, les seuls que j'ai autorisés à me servir, moi, le Seigneur Dieu. On l'offrira en sacrifice pour obtenir mon pardon. Tu prendras de son sang et tu en mettras sur les quatre angles relevés de l'autel. Tu purifieras ainsi l'autel et tu le consacreras. Ensuite tu feras emporter le taureau offert en sacrifice et on le brûlera à un endroit réservé à cet usage, en dehors du sanctuaire. Le jour suivant tu prendras un bouc sans défaut et tu l'offriras également en sacrifice pour obtenir le pardon. Tu procéderas à la purification de l'autel comme tu l'as fait avec le taureau.
Quand tu auras terminé ce sacrifice, tu prendras un taureau et un bélier sans défaut et tu me les amèneras à moi, le Seigneur. Les prêtres jetteront du sel sur eux et me les offrirons en sacrifice complet. Chaque jour pendant une semaine, tu offriras en sacrifice un bouc pour obtenir le pardon, puis un taureau et un bélier sans défaut. Ainsi sept jours durant, on procèdera à la purification et à la consécration de l'autel pour pouvoir l'inaugurer. Une fois la semaine écoulée, dès le huitième jour, les prêtres pourront présenter sur l'autel les sacrifices complets et les sacrifices de communion que vous offrirez. Alors je serai bien disposé à votre égard. C'est moi, le Seigneur Dieu, qui le déclare. (Ezékiel 43, 18-27)

"Quelle offrande devons-nous apporter lorsque nous venons adorer le Seigneur, le Dieu Très-Haut ?
Faut-il lui offrir des veaux d'un an en sacrifices complets ? Le Seigneur désire t-il des béliers innombrables, des flots intarissables d'huile ? Devons-nous lui donner nos enfants premiers-nés pour qu'il pardonne nos révoltes et nos infidélités ?"
On vous a enseigné quelle est la conduite juste que le Seigneur exige des hommes : Il vous demande seulement de respecter les droits des autres, d'aimer agir avec bonté et de suivre avec soin le chemin, que lui, votre Dieu, vous indique. (Michée V, 6-8)

Quand le Seigneur eut fini de parler avec Job, il dit à Elifaz de Téman :
- Je t'en veux, ainsi qu'à tes deux amis. Contrairement à mon serviteur Job, en effet, vous n'avez pas dit la vérité sur moi. Maintenant donc procurez-vous sept taureaux et sept béliers, et allez trouver mon serviteur Job. Vous offrirez alors ces animaux en sacrifice complet pour votre faute, tandis que mon serviteur Job priera pour vous... (Job 42, 7-8)

Voilà ce que j'ai observé sur la terre : la méchanceté règne là où le droit devrait être appliqué et la justice rendue. Je me suis dit alors que Dieu jugera le méchant comme le juste, car toute chose arrive en son temps et chacune de nos actions sera jugée. En ce qui concerne les humains, je pense que Dieu les met à l'épreuve pour leur montrer qu'ils ne valent pas mieux que les bêtes. En effet, le sort final de l'homme est le même que celui de la bête. Un souffle de vie identique anime hommes et bêtes. Un souffle de vie identique anime hommes et bêtes, et les uns comme les autres doivent mourir. L'être humain ne possède aucune supériorité sur la bête puisque finalement tout est néant. Toute vie se termine de la même façon, tout être retourne à la terre à partir de laquelle il a été formé. Personne ne peut affirmer que le souffle de vie propre aux humains s'élève vers le haut tandis que celui des bêtes doit disparaître dans la terre. Alors je l'ai constaté, il n'y a rien de mieux pour l'être humain que de jouir du produit de son travail. C'est la part dont il doit se contenter, car personne ne l'emmènera voir ce qui arrivera après lui. (Ecclésiaste III, 16-22)

Tôt le lendemain, le roi Ezékias réunit les dignitaires de la ville et monta au temple du Seigneur avec eux. Ils firent amener sept taureaux, sept béliers et sept agneaux, ainsi que sept boucs à offrir en sacrifice pour obtenir le pardon de Dieu; ces sacrifices devaient être faits en faveur de la famille royale, du sanctuaire et du peuple de Juda. Le roi ordonna aux prêtres, descendants d'Aaron, d'offrir les sacrifices sur l'autel du Seigneur. On égorgea donc des taureaux; les prêtres en recueillirent le sang et le répandirent sur l'autel. On égorgea ensuite les béliers, et enfin les agneaux : chaque fois les prêtres en répandirent le sang sur l'autel. Quant aux boucs du sacrifice pour obtenir le pardon, on les conduisit devant le roi et l'assemblée; le roi et les autres gens posèrent la main sur eux. Les prêtres les égorgèrent et en versèrent le sang sur l'autel, pour obtenir le pardon en faveur de tout Israël. En effet, le roi avait précisé que les deux sortes de sacrifices étaient offerts en faveur de tout le peuple. (2 Chronique XXIX, 20-24)

Un des derniers livres de l'Ancien Testament, le Livre de la Sagesse, écrit vers le milieu du Ier siècle avant Jésus-Christ, est formel à ce sujet : "Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de la perte des vivants. Il a tout crée pour que tout subsiste" (Sg, 1, 13-14). Ainsi que le remarque la Bible de Jérusalem à laquelle nous empruntons cette traduction, il faudrait dire littéralement que "Dieu a tout crée pour être", au sens très fort selon lequel Dieu, étant "Celui qui est", a crée toutes choses pour qu'elles "soient", sans condition ni réticence.
(Le salut de la création, Hélène et Jean Bastaire)


Le Nouveau Testament : L'Agneau de Dieu

- Ecoutez et comprenez ceci: Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche d'un homme qui le rend impur. C'est plutôt ce qui sort de sa bouche qui le rend impur.
Les disciples s'approchèrent alors de Jésus et lui dirent :
-Sais-tu que les Pharisiens ont été scandalisés de t'entendre parler ainsi ?
Il répondit :
- Toute plante que n'a pas plantée mon Père qui est au ciel sera arrachée. Laissez-les : ce sont des conducteurs aveugles ! Et si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont tous les deux dans un trou.
Pierre prit la parole et lui dit :
- Explique-nous cette parabole.
Jésus dit :
- Etes-vous encore vous aussi, incapable de comprendre ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche de quelqu'un passe dans son ventre et sort ensuite de son corps ? Mais ce qui sort de la bouche vient du coeur, et c'est cela qui rend l'homme impur. Car de son coeur viennent les mauvaises pensées qui le poussent à tuer, à commettre l'adultère, à agir de façon immorale, à voler, à prononcer de faux témoignages et à dire du mal des autres. Voilà ce qui rend l'homme impur ! Mais manger sans s'être lavé les mains selon l'usage religieux, cela ne rend pas l'homme impur. (Matthieu XV, 10-20)

Le lendemain, comme ils étaient en route et approchaient de Joppé, Pierre monta sur le toit en terrasse de la maison, vers midi, pour prier. Il eut faim et voulut manger. Pendant qu'on lui préparait de la nourriture, il eut une vision. Il vit le ciel ouvert et quelque chose qui en descendait : une sorte de grande nappe, tenue aux quatre coins, qui s'abaissait à terre. Et dedans, il y avait toute sorte d'animaux à quatre pattes et de reptiles, et toutes sortes d'oiseaux. Une voix lui dit :
- Lève-toi, Pierre, tue et mange !
Mais Pierre répondit :
- Oh non ! Seigneur, car je n'ai jamais rien mangé d'interdit ni d'impur.
La voix se fit de nouveau entendre et lui dit :
- Ne considère pas comme impur ce que Dieu a déclaré pur.
Cela arriva trois fois, et aussitôt après, l'objet fut remonté dans le ciel.
(Actes des Apôtres, X, 9-16)

On remarquera la levée des interdits, l'instauration d'une libérale manière de manger, et l'établissement d'un nouveau rapport aux animaux, puisque aussi bien, ils sont tous déclarés comestibles : le péché n'est plus là, mais ailleurs. Il est certes question d'immoler, comme en témoigne l'impératif (thuson) du sacrifice, mais ce n'est plus qu'une manière de dire: le sacrifice est privé de tout effet tangible, car Dieu ne demande aucune offrande animale, mais uniquement celle d'un coeur pur - seul ce qui sort de la bouche de l'homme, et non ce qui y entre, relevant de la sainteté ou du péché.
(Le Silence des bêtes, Elysabeth de Fontenay)

Le péché est entré dans le monde à cause d'un seul homme, Adam, et le péché a amené la mort. Et ainsi la mort a atteint tous les hommes parce que tous ont péché. Avant que Dieu ait donné la loi à Moïse, le péché existait déjà dans le monde, mais, comme il n'y avait pas encore de loi, Dieu ne tenait pas compte du péché. pourant depuis l'époque d'Adam jusqu'à celle de Moïse, la mort a régné même sur les hommes qui n'avaient pas péché comme Adam, qui désobéit à l'ordre de Dieu.
Adam était à l'image de celui qui devait venir . (Romains V, 12-14)

Examinons maintenant la question des viandes provenant de sacrifices offerts aux idoles :
Il est vrai que "nous avons tous la connaissance", comme vous le dites. Mais cette connaissance remplit l'homme d'orgueil, tandis que l'amour nous fait progresser dans la foi. Celui qui s'imagine connaître quelque chose ne connaît pas encore comme il devrait connaître. Mais celui qui aime Dieu est connu par lui.
La question est donc la suivante : peut-on manger des viandes provenant de sacrifices offerts aux idoles ? Nous savons bien qu'une idole ne représente rien de réel dans le monde et qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Même s'il y a de prétendus dieux au ciel et sur la terre - et en fait, il y a beaucoup de 'dieux' et de 'seigneurs', - il n'en est pas moins vrai que pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, qui a crée toutes choses et pour qui nous vivons; il n'y a également qu'un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui toutes choses existent et par qui nous vivons.
Mais tous ne connaissent pas cette vérité. Certains ont été tellement habitués aux idoles que, maintenant encore, ils mangent ces viandes comme si elles appartenaient à une idole; leur conscience est faible et ils se sentent souillés par cette nourriture. Ce n'est pourtant pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu : nous ne perdrons rien si nous n'en mangeons pas, et nous ne gagnerons rien si nous en mangeons.
Cependant, prenez garde que la liberté avec laquelle vous agissez ne fasse pas tomber dans le péché ceux qui sont faibles dans la foi. En effet, si quelqu'un de faible te voit, toi qui à la 'connaissance', en train de manger dans le temple d'une idole, ne se sentira-t-il pas encouragé dans sa conscience à manger de la viande offerte aux idoles ? Et ainsi ce faible, ce frère pour qui le Christ est mort, va se perdre à cause de ta 'connaissance' ! En péchant de cette façon contre vos frères et en blessant leur conscience qui est faible, vous pêchez contre le Christ lui-même. C'est pourquoi, si un aliment fait tomber mon frère dans le péché, je ne mangerai plus jamais de viande afin de ne pas faire tomber mon frère. (1 Corinthiens VIII, 1-13)

La loi juive n'est pas la représentation exacte des réalités; elle n'est que l'ombre des biens à venir. Elle est tout à fait incapable de rendre parfaits ceux qui s'approchent de Dieu : comment le pourrait-elle avec ces sacrifices, toujours les mêmes, que l'on offre année après année, indéfiniment ? Si ceux qui rendent un tel culte à Dieu avaient été une bonne fois purifiés de leurs fautes, ils ne se sentiraient plus coupables d'aucun péché, et l'on cesserait d'offrir tout sacrifice. En réalité, ces sacrifices servent à rappeler aux gens leurs péchés, année après année. Car le sang des taureaux et des boucs ne pourra jamais enlever les péchés.
C'est pourquoi, au moment où il allait entrer dans le monde, le Christ dit à Dieu :
"Tu ne veux ni sacrifice, ni offrande, mais tu m'as formé un corps. Tu ne prendras plaisir ni à des animaux brûlés sur l'autel, ni à des sacrifices pour le pardon des péchés.
Alors j'ai dit : 'Me voici, ô Dieu, je viens pour faire ce que tu veux, conformément à ce qui est écrit à mon sujet dans le livre de la loi"
Il déclare tout d'abord : "Tu ne veux ni sacrifices, ni offrandes, ni animaux brûlés sur l'autel, ni sacrifices pour le pardon des péchés, et tu n'y prends pas plaisir." Pourtant ces sacrifices, sont offerts conformément à la loi. Puis il ajoute :
"Me voici, ô Dieu, je viens pour faire ce que tu veux"
Ainsi Dieu supprime tous les anciens sacrifices et les remplaces par le sacrifice du Christ. Parce que Jésus-Christ a accompli ce que Dieu voulait, nous sommes purifiés du péché par l'offrande qu'il a faite de son propre corps, une fois pour toutes. (Hébreux X, 1-10)

Des animaux, en effet, on a plus besoin, et il n'en sera plus jamais question dans la nouvelle économie eschatologique, maintenant qu'est advenu "l'Agneau qui enlève les péchés du monde". Ils sont devenus 'comme' des choses, dont nous, les omnipotents prédateurs occidentaux-chrétiens, nous deviendrions par la suite 'comme' maîtres et possesseurs.
(Le Silence des bêtes, Elysabeth de Fontenay)

Insistons sur le fait que toute cette représentation de l'animal qui nourrit la philosophie occidentale, n'est pas intrinsèque au christianisme comme le montre l'exemple contraire de François d'Assise. Elle est la résultante de circonstances historiques. Le christianisme se constitue alors que la pensée grecque s'impose dans le bassin méditerranéen. Apôtres et Pères de l'Eglise utilisent cette philosophie issue d'une civilisation ethnocentrique et inégalitaire. Elle paraît d'autant mieux adaptée que la venue du Christ-Homme et la rareté des versets évoquant les animaux dans le Nouveau Testament semblent non seulement le signe d'une élection de l'homme, mais d'une restriction de la religion à lui seul.
(Et l'homme créa l'animal, Eric Baratay)

"Roch, arrivant au Paradis avec son chien, s'en vit refuser l'entrée parce que, d'après le portier saint Pierre, "le Paradis n'est pas fait pour les chiens". Roch s'entêta à ne pas entrer seul. Mais quand il fut canonisé par l'Eglise, le Père Eternel voulut le voir et le fit chercher. Comme il s'obstinait, tout saint qu'il était, à ne pas entrer sans son compagnon, le Père Eternel décida et fit accepter difficilement par saint Pierre qu'on ferait une exception pour le chien de Saint Roch. Et voici la suite dont la légende porte seule la responsabilité.
"Pierre, rageur, ouvrit la porte bâtarde, mais pour ne pas voir le chien entrer, il se réfugia dans sa loge et laissa Zachée, son second, faire le service. Zachée qui aimait les bêtes parce qu'il était petit, s'avança sur le seuil et cria de toutes ses forces :
- Ici, Roquet, mon petit Roquet ! Viens ici que le bon Dieu te veut voir !
Et voilà Roch et Roquet qui s'avancent. Le bon saint a un sourire d'orgueil; il frappe fort du talon de ses souliers de pèlerin pour caresser Roquet qui lui lèche la main et brandit sa queue comme un plumail. Tout le Paradis est là : anges, archanges, saint et saintes. Ah ce fut une belle fête !
La première joie passée, il y eut un mouvement dans la foule, et l'on vit saint Pierre, les cheveux hérissé, qui s'avançait, ses clefs à la main.
- Seigneur, dit-il en s'adressant au Père Eternel qui souriait à Roquet, Seigneur, je vous rends les clefs ! Je ne suis pas portier de chiens !
Le père Eternel sourit sans répondre. Et Pierre continua :
- Seigneur, ce n'est pas juste. Pourquoi le chien de Saint Roch serait-il seul ici ? Puisque la porte est ouverte, je dis que toutes les autres bêtes doivent entrer. Ce sera ma vengeance.
Le Père Eternel souriait toujours.
Saint Pierre ajouta :
- Seigneur, si vous voulez que je garde les clefs, vous ferez entrer mon coq. Il est sur tous les clochers des églises et il appelle les gens à la pénitence. C'est une manière de saint.
Le Père Eternel, sans cesser de sourire, dit :
- Faites entrer le coq, ce sera une autre exception.
Ce fut alors un beau tapage. Tous les saints qui aimèrent les bêtes, se mirent à plaider.
- Et ma colombe, disait Noé, ma colombe qui m'a rapporté le rameau d'olivier.
- Et mon corbeau qui m'a nourri, disait Elie.
- Et mon chien qui a remué la queue, disait Tobie.
- Et l'âne qui a prophétisé sous moi, disait Balaam.
- Et la baleine qui m'a logé trois jours dans son ventre, disait Jonas.
- Et le cochon qui m'a sauvé de l'ennui, disait Antoine.
- Et mon frère loup, et mes frères les oiseaux et mes frères les poissons, disait Saint François.
- Et la mule qui s'est agenouillé devant l'hostie que je portais, disait un autre Antoine.
Ah ! mes amis, ce fut un beau tapage !
Mais le Père Eternel, qui n'avait cessé de sourire, réclama la silence et dit :
- Ce chien qui est couché sur mes pieds fait monter jusqu'à moi, comme une prière, la chaleur de sa bonté. Les animaux que les saints ont aimés ont quelque chose de plus que les autres : une espèce d'âme. Faites-les entrer. que chacun d'entre vous fasse entrer l'animal qui fut son ami.
On vit alors une étrange procession. Bêtes à quatre et à deux pattes. Bêtes à poil et bêtes à plume. Oiseaux et poissons s'avancèrenet lentement vers le trône de Dieu.
Un jeune saint, qui avait de l'esprit, s'amusa à dire :
- On dirait l'Arche de Noé.
Et Saint Augustin répondit :
- Parfaitement. L'Arche de Noé était l'image du Paradis.
Jésus abaissa son regard qui voit tout sur cette foule recueillie et dit :
- Ils n'y sont pas tous. Il y manque l'âne et le boeuf qui m'ont réchauffé de leur haleine quand j'étais petit.
Et l'âne et le boeuf arrivèrent vite, car ils étaient à la porte attendant leur tour. Et Jésus les caressa avec tendresse.

Voilà pourquoi, il y a des animaux au ciel. Tous les animaux qui sont aimés par des braves gens vont au Paradis."
(Conte de la vieille France, Jean Quercy in Un prêtre se penche sur les animaux, Jean Gautier)

 

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