Plutarque reconnaît implicitement que les animaux sont dotés de raison. La différence entre l'homme et l'animal est seulement de degré, à savoir de quantité et non pas de qualité.La souffrance animale doit susciter des sentiments de bienveillance de notre part. C'est une évidence pour Plutarque qui rappelle que le philosophe Bione disait que si les enfants s'amusent à jeter des pierres aux grenouilles, celles-ci ne s'amusent pas à mourir. Il nous introduit, le premier parmi les Grecs, à la nécessité de sentiments de charité envers cette partie de l'univers qui, semblable à nous sous beaucoup d'aspects, n'a pas souvent nos avantages.
(L'âme des bêtes dans la pensée occidentale depuis l'Antiquité jusqu'au siècle des Lumières - Erminio Caprotti)
"Le végétarisme
de Plutarque ne consiste pas comme celui de l'orphisme ou du pythagorisme,
à refuser la cité et ses valeurs, mais bien à
nous acheminer, aux antipodes de l'anthropophagie, vers ce qui s'appelle
philanthrôpia. Au modèle du meurtrier, identique
par delà la diversité des manières de tuer
et de manger, s'oppose en effet le paradigme de l'homme doux et
humain. (...)
La philanthrôpia envers les bêtes déconstruit
la légitimité de la représentation humaine
et du logos réservé. Il ne suffit en effet pas que,
comme dans le stoïcisme, la bienveillance nous porte au-delà
des frontières de notre cité ou même des limites
de notre race : il faut encore que, pour être non pas tant
hommes qu'humains, nous sachions passer les bornes de notre espèce
afin de ressentir la réalité d'une parenté,
afin de pratiquer la douceur et la justice vis-à-vis de ceux
qui comme nous ont une âme et peut-être même,
ainsi que le pense parfois Plutarque, disposent de la raison".
(Le silence des bêtes - Elysabeth de Fontenay)
"Qui donc, demande Plutarque, a le premier transformé
en viande un animal, un être animé, vivant, et en a
honteusement rajouté jusqu'à convertir son sang en
jus, voire en sauce ? Ceux qui se gorgent de bêtes rôties,
bouillies, assaisonnées ont sans doute oublié ce qui
est raconté dans l'Odyssée et qui constitue un récit
des origines de la nourriture carnée." (l'intelligence
ses animaux, Plutarque)
"Les
belles vaches de front large
aux cornes torses, ils les cernèrent, puis invoquèrent
les dieux (...) Puis, quand on eut pitié,
égorgé, écorché, ils détachèrent
les cuisseaux, les couvrirent de graisse des deux côtés,
et posèrent dessus les morceaux crus. On manquait de vin
pur pour les libations aux victimes; mais on versa de l'eau puis
on grilla tous les viscères. Quand les cuisses furent brûlées
et les abats mangés, ils hachèrent le reste et l'embrochèrent.
(...) Les dépouillés rampaient,
la viande meuglait sur les broches, crue ou cuite, on eût
dit la voix même des bêtes."
(Odyssée, chant XII in 'le silence
des bêtes' Elysabeth de Fontenay)
«Le
peuple d'Athènes, écrit ailleurs Plutarque, après
avoir bâti l'Hécatompédon, renvoya toutes les
bêtes de charge qui avaient travaillé à la construction
de cet édifice, et les laissa paître en liberté
tout le reste de leur vie. Un de ces animaux vint un jour, de lui-même,
se présenter au travail; il se mit à la tête
des bêtes de somme qui traînaient des chariots à
la citadelle, et, marchant devant elles, semblait les exhorter et
les animer à l'ouvrage. Les Athéniens ordonnèrent,
par un décret, que cet animal serait nourri jusqu'à
sa mort aux dépens du public. En effet, il ne faut pas se
servir des êtres animés comme on se sert de souliers
ou d'autres effets de cette espèce, qu'on jette lorsqu'il
sont rompus ou usés par le service. On doit s'accoutumer
à être doux et humain envers les animaux, ne fût-ce
que pour faire l'apprentissage de l'humanité à l'égard
des hommes. Pour moi, je ne voudrais pas vendre même un boeuf
qui aurait vieilli en labourant mes terres; à plus forte
raison je me garderais bien de renvoyer un vieux domestique, de
le chasser de la maison où il a vécu longtemps, et
qu'il regarde comme sa patrie".
(Plutarque, Caton. Les vies
des hommes illustres , tome 2, Paris, Furne et Cie, p. 38-39.)
"Pour
moi, chasser et vendre comme des bêtes de somme, les serviteurs
devenus vieux, dont on a tiré tout le profit possible, c'est
le fait d'un caractère trops dur et de quelqu'un qui ne s'imagine
pas d'autres liens entre les hommes que ceux de l'intérêt.
Cependant, nous voyons que le domaine de la bonté est plus
vaste que celui de la justice: nous n'appliquons naturellement la
loi et le droit qu'aux hommes seuls, tandis que la bienfaisance
et la libéralité s'étendent jusqu'aux animaux
privés de raison, en s'acollant d'un coeur généreux
comme d'une source abandante. L'homme doué de bonté
doit nourrir ses chevaux épuisés par l'âge et
soigner les chiots, mais aussi les chiens devenus vieux (...).
Et de ce fait, nous ne devons pas traiter les êtres vivants
comme des chaussures ou des ustensiles, qu'on jette quand ils sont
abîmés ou usés ou à force de servir,
car il faut s'habituer à être doux et clément
envers eux, sinon pour une autre raison, du moins pour s'exercer
à la pratique de la vertu d'humanité..."
(Plutarque, Vies parallèles, Trad.R.Flacelière
et E.Chambry, "Caton l'Ancien", 5, 1-6, Paris, Les Belles
Lettres, 1969, t.V)
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