Cette nouvelle morale du respect de la vie devrait permettre à
notre pensée de transcender les raisonnements anthropocentriques
où elle se cantonnait jusqu'ici pour découvrir la
profonde unité du monde vivant et la solidarité des
choses d'un bout à l'autre de la chaîne des organismes.
Il faut retrouver ce que l'homme moderne a depuis longtemps perdu,
le sens du cosmique.
On pourrait excuser l'homme d'être encore barbare. On attribuerait
sa cruauté, son insouciance à sa jeunesse. On parierait
sur sa maturité et sans doute aurait-on raison de le faire.
Mais voilà, le danger nous cerne de tous côtés.
"Soyez féconds, multipliez et remplissez la terre. vous
serez un sujet de crainte et d'effroi pour tout animal de la terre,
pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre,
et pour tout les poissons de la mer" : c'est ce que vous pouvez
lire au chapitre 9 de la Genèse. Comment voulez-vous que
l'aventure humaine se passe bien sous de pareils auspices ? Les
trois monothéismes ont déclaré que l'homme
était le roi de la Création. Mais l'homme n'est en
réalité le roi d'aucun royaume. Il est prisonnier
de ses instincts. Il est souvent assez consternant de constater
que certains textes dans la Bible servent à cautionner ou
légitimer des comportements parfaitements barbares. (...)
Comment
votre père a-t-il pu prendre tellement à coeur le
problème de la souffrance animale à une époque
où ces questions, en Occident tout au moins, n'intéressaient
personne ?
Les
animaux, dans leur détresse, entre les mains de leurs bourreaux,
l'ont ému. Dans son autobiographie il écrit par exemple
que le spectacle d'une toile d'araignée où se débattait
silencieusement un moucheron "formulait toute l'énigme
de la Providence".
Peut-on
sincèrement éprouver de la pitié pour un moucheron
?
Lorsqu'on
parle de la défense des animaux, il existe toujours un problème
de définition. De qui parle t-on ? Les associations protectrices
pensent d'abord aux vertébrés et particulièrement
aux mammifères puisque nous sommes nous-mêmes des mammifères.
Leur action ne concerne pas par exemple les échinodermes,
les méduses ou les éponges. Pourtant il convient de
distinguer à mon sens entre les méduses qui sont dotés
d'un système nerveux et qui peuvent donc souffrir et les
éponges qui en sont dépourvues. Il faut épargner
la souffrance dans la mesure du possible.
(Révérence
à la vie - conversation avec Jean-Philippe de Tonnac - Théodore
Monod)
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